N A N C Y    T E X A S    3

NANCY TEXAS 2 © BCNJ 1996 NANCY TEXAS 4

SOMMAIRE
Attention : gadgets Claude Emerique
Haute technique et convivialité (2) François-Michel Sargos
Les entames José Le Tendu


ATTENTION : GADGETS

Claude Emerique


Il était une fois Monsieur et Madame Smith qui, depuis deux ou trois ans, s'étaient mis au bridge : tournois les vendredis et leçons les mardis pour Madame, qui rapporte les saintes paroles à son partenaire de mari le soir.

Justement, Madame vient d'apprendre le Roudi, l'arme absolue. Le vendredi arrive et, à la vingt-quatrième et dernière donne, lui ouvre de 1, elle, avec 12 points et 5 Piques, dit 1.

-- Lui : 1SA (merci mon Dieu !).
-- Elle : 2.

Et lui, pensant à son lit, passe ! Zéro, bien sûr. Explications et serment qu'il n'oubliera plus.

Un vendredi passe, puis deux, et au troisième, arrive la deuxième donne de la table 3.

-- Lui : 1.
-- Elle : 1 (12 points et 5 Piques).
-- Lui : 1SA.
-- Elle : 2...

Ça fait tilt au bout de 5 minutes : il sort, triomphant, le carton alerte et réfléchit 5 minutes encore (il faut se rappeler). L'arbitre : encore 2 minutes.

-- Lui : 2SA.
-- Elle : 3SA, triomphante.

L'arbitre, encore plus triomphant : changez ! Vite, entame Dame de Coeur (2 arrêts) et le mort s'étale : une impasse à Carreau et l'As de Trèfle. L'impasse rate et quand l'ennemi de gauche reprend la main à l'As de Trèfle, il encaisse ses Coeurs pour -1. Pas de chance, tout le monde gagne, car il a oublié de commencer par Trèfle...

Justement, Madame vient d'apprendre le BW 5 clés, etc. etc. etc.

Je ne suis pas contre les gadgets, mais à condition qu'ils remplissent trois conditions : Je connais de grands joueurs, encore et toujours dans les premiers, qui n'utilisent même pas les Texas.

Enseignants, ne cédez pas à la facilité...


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HAUTE  TECHNIQUE  ET  CONVIVIALITÉ

François-Michel Sargos

2  :  LA  CODIFICATION  DES  CARTES  TROMPEUSES



L'art de fournir des cartes trompeuses est une des originalités du bridge. Il fait appel à la psychologie, à la lecture des mains, à la technique et à l'idée qu'on se fait du niveau de l'adversaire. La carte trompeuse la plus efficace dépend fréquemment d'un contexte particulier, et telle carte qui égarera un adversaire à telle donne peut le mettre sur la bonne voie à telle autre. Parallèlement, une carte trompeuse aura un effet tout à fait différent selon le degré d'intuition, de technique et de psychologie de l'adversaire. Enfin, une « fausse » carte qui passera inaperçue de l'un, qui rattrape pendant les tournois son retard de sommeil de la semaine, paraîtra au contraire trop voyante à tel autre, qui, lui, reste éveillé, même à la table de bridge. Notons aussi, pour mémoire, l'auto-tromperie efficace et assez fréquente qui fait qu'un joueur oublie la fausse carte qu'il a fournie quelques levées auparavant.

Bref, il est bien difficile de fournir sans hésiter la « fausse carte juste ». Et si l'on y parvient, les conséquences risquent d'être fort désagréables pour l'adversaire. Comment alors concilier le plaisir de jouer une fausse carte et l'agrément d'un jeu de compagnie ?

La tendance actuelle est de faciliter la tâche de tous les joueurs tout en améliorant la convivialité de ce jeu que nous apprécions tant. Fini le temps où l'on découvrait expérimentalement, au hasard des situations, des fausses cartes que l'on jouait dans le but peu glorieux de tromper l'adversaire ! Désormais, les fausse cartes sont judicieusement standardisées de ne manière à ne pas risquer de tromper quiconque.

Nous allons passer ici en revue les conventions standard dans le jeu des honneurs, négligeant (au moins cette fois) les trucs minables qu'utilisent encore certains joueurs pour induire leurs adversaires en erreur. Les conventions se résument à cette règle simple : toujours fournir la plus forte de deux ou trois cartes équivalentes, et à seulement deux exceptions.

1. En flanc
1.1. Avec R D × derrière A V 10..., prenez toujours du Roi. Certes, dans ce cas, le déclarant demeure dans l'incertitude quant à la place de la Dame, mais, en corollaire, lorsque vous détenez D × ×, il saura, lorsque vous aurez pris de la Dame, que le Roi est bien placé. Variez votre jeu de manière que le déclarant ne sache jamais à quoi s'en tenir serait évidemment inconvenant. Pensez aussi à toujours fournir la Dame de D V, dans le même but.

1.2. Il existe une exception de simple bon sens, dans la situation suivante :
 
A V ×
D 10 ×
 N
O     E
 S
× × ×
 
R 9 × ×

Le déclarant fait l'impasse et tire l'As : la Dame et le 10 sont maintenant équivalents, mais vous devez néanmoins fournir le 10 au second tour pour éviter de mettre le déclarant à la devine.

2. Comme déclarant
2.1. Avec cette même teneur R D..., prenez toujours à Sans Atout le Valet du Roi. La Dame risquerait de déconcerter celui des adversaires qui ne possède pas l'As. Cette règle est valable même si l'As est au mort : en effet, si vous prenez de la Dame, Est sera sûr que son partenaire a entamé sous le Roi, et vous aurez gâché l'ambiance à la table.

2.2. Une exception a été à juste titre imposée par la plupart des auteurs, qui consiste à signaler R D secs dans la main cachée en prenant de la Dame. L'incongruité de cette carte habile a pour but d'inciter l'entameur le plus endormi à tirer son As à la première occasion (on comprend combien la Dame serait incorrecte avec R D gardés).

2.3. A Sans Atout encore, prenez -- sans hésiter, un autre réglement l'interdit -- de l'As avec A R. Comme tout le monde sait depuis longtemps que tout le monde sait depuis longtemps retenir l'entame avec A × ×, les deux adversaires sauront que vous avez encore au moins le Roi et pourront contre-attaquer utilement une autre couleur.

Récemment, un déclarant jouait 3SA sur l'entame  10. Peu au fait des usages, il prit le Valet d'Est du Roi dans la situation suivante :
 
 × × ×
 × ×
 A D ×
 A D V 10 ×
 D 10 9 8 7
 A × × ×
 × ×
 × ×
 N
O     E
 S
 V ×
 D V 10 9
 × × × ×
 R × ×
 
 A R ×
 R × ×
 R V 9 ×
 9 × ×

Que devait jouer Est après le  R ? Pique, bien sûr, puisque, d'après les règles 2.2 et 2.3, le déclarant ne pouvait avoir que  R D, au plus troisièmes d'après les enchères. Et dix levées pour ce déclarant bien malhonnête.

Le maniement de la tierce majeure est une variante intéressante. La règle veut que l'on prenne de l'As avec ARD, et l'usage veut qu'on le fasse à toute vitesse, pour bien montrer qu'on a aucune inquiétude dans cette couleur. Moins correct serait le Roi. Ouest saurait à peu près à quoi s'en tenir, tout en réprouvant cette doublement fausse carte, mais est croirait à coup sûr à RD×... Mais la Dame est une carte autrement perverse. Pour Est, d'après ce qui précède, elle ne peut provenir que de D××, ou plus probablement de A D ×. Au mieux pour lui, il ne pourra reconstituer les honneurs de la main de Sud, si tant est que le tournoi l'intéresse encore assez pour un tel effort. Et, au pire, il va « filer » trois levées au déclarant dans des tentatives désespérées de regagner la levée qu'il croit livrée à l'entame. Voici un exemple d'une situation analogue, tiré du Mixte du Cinquantenaire :
 
 R × × ×
 R × ×
 A 10 ×
 10 8 × ×
 N
O     E
 S
 V ×
 V 9 ×
 
 D × × ×
 A D ×

Au contrat de 3SA, le déclarant prit l'entame Trèfle de la Dame et joua Carreau. Monsieur Est sauta sur son As pour prendre les levées Trèfle qui lui revenaient de droit, perdant au passage une levée à Carreau et deux à Pique.

2.4. Lorsque vous jouez vers la combinaison DV de la main cachée, fournissez toujours la Dame, bien sûr. Si vous jouez le Valet, certains joueurs rusés risquent en effet d'omettre de le prendre de l'As, croyant que vous avez « passé la bonne » de RV.
J'espère que ces deux chapitres de Haute technique et convivialité vous auront montré que la pratique de notre beau jeu est source de beaucoup d'agrément si l'on veut bien traiter ses adversaires avec amitié et leur épargner -- comme à soi-même -- l'ennuyeuse nécessité de réfléchir. Ayant écrit assez de sottises à ce sujet, peut-être parlerai-je dans une prochaine édition de Nancy-Texas (mâtin, quel journal) d'enchères et de cartes trompeuses moins conviviales.


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LES  ENTAMES

José Le Tendu

LE  NEUF  DE  PÂQUES


 
 A 10 5 4
 10
 A V 8 5
 A 9 6 4
 D 9 6
 V 7 4 3
 R D 10 4
 5 3
 N
O     E
 S
 V 7
 8 6 5
 9 7 6 3 2
 R 8 7
 
 R 8 3 2
 A R D 9 2
 -
 D V 10 2

Que doit entamer Ouest contre 6 après les enchères suivantes :

    O        N        E        S    
-1-1
-1-2
-3-6
fin

En Sud était assis le comte de Mamerloye, un jeune joueur de talent qui a su tirer le meilleur parti des conseils que je lui avais prodigués lors du tournoi international que nous remportâmes à Brive-la-Gaillarde en 1949. Quelle carte a entamé l'excellent joueur assis en Ouest pour faire chuter le contrat de 6 ?

Tout d'abord, pourquoi un joueur qui pratique la convention Blackwood (cet appel aux As que j'ai suggéré à Easley Blackwood lors d'un tournoi réservé aux vingt meilleurs joueurs du monde en 1933) n'avait-il pas utilisé cette convention ? L'excellent joueur assis en Ouest comprit immédiatement qu'il avait une chicane, qui ne pouvait être qu'à Carreau, puisque, si elle était à Pique, Est aurait intercepté par une enchère de barrage, comme on dit de nos jours. Enfin, si elle était à l'atout, le contrat chuterait probablement, de toute façon.

Quelle pouvait être la teneur de Sud à Pique ? S'il n'en avait que 3, le troisième disparaîtrait sur l'As de Carreau. S'il en avait 4, Ouest risquait d'être victime d'un squeeze Pique-Carreau après l'affranchissement des Coeurs par la coupe, puisque les enchères semblaient suggérer que le mort était assez court dans cette couleur.

L'entame Coeur dans la longue du déclarant était exclue. L'entame naturelle à Carreau paraissait séduisante, puisque, une fois le Roi pris de l'As, la Dame serait maîtresse. Mais le comte de Mamerloye la couperait certainement puisqu'il était chicane dans la couleur. Il fallait donc entamer Pique, escomptant le Valet en Ouest, mais quelle carte ? Et pourquoi Sud, s'il avait bien 4 cartes à Pique, n'avait-il pas soutenu la couleur annoncée par son partenaire, le Baron de Cerviette, un jeune joueur très doué, qui, presque débutant, avait remporté avec moi le tournoi des As de Ligny-en-Barrois en 1931 ? Tout simplement parce que sa couleur était peu solide. Il y avait donc toutes les chances que le 10 de Pique fût au mort et, dès lors, la seule entame possible était le 9 de Pique, pour préserver le fourchette Dame-6 si Est possédait, comme c'était le cas, Valet-7 de la couleur.

Après cette excellente entame, pour le 10 et le Valet, Le Comte des Pissiers, assis en Est, prit la main au Roi de Trèfle et renvoya judicieusement le 7 de Pique, brisant les communications du squeeze. Ainsi, à la dernière levée, réalisai-je le 6 de Pique, la deuxième levée du flanc.

Principe

     Contre un chelem, pensez toujours à entamer la carte qui fait chuter le contrat.

Cotation

     9    100
 D (pour tromper le déclarant) 50
 6 10
 D (pour tromper le déclarant) 5
 R 1
 Atout et  0,5


Cette donne est tirée de la finale de ligue Interclubs 1996. En réalité, l'entameur n'a marqué qu'un point...

p.c.c. F.-M. S.

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